Le samedi 17 novembre 2007
Le cinéma se démocratise
Tout le monde peut faire des films avec Kino
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières

(Photo: Olivier Croteau)
«Faire bien avec rien, faire mieux avec peu et le faire maintenant!» Voilà la devise du mouvement Kino depuis sa création en 1999. L’organisme qui essaime en cellules locales, dont une à Trois-Rivières depuis mars 2003, applique cette devise au cinéma indépendant, incitant les cinéastes aguerris ou en herbe, à faire des films avec, bien souvent, rien d’autre qu’une caméra et de la passion.
La cellule trifluvienne se réunissait mensuellement au Maquisart. Sans Maquisart, Kino 3R aurait pu tomber. Ça n’arrivera pas.
La nouvelle formule instaurée depuis le mois dernier situe les visionnements au resto-bar Le Charlot, de la rue Notre-Dame. Son désavantage, c’est l’exiguïté des lieux mais l’ambiance n’y perd pas, au contraire.
En plus, nous dit Dany Janvier, administrateur du CA de Kino 3R, le contact avec le public est très direct, un avantage.
Il y en a peut-être qui ne connaissent pas la formule. Reprenons-en les grandes lignes.
Quiconque peut être membre pour 20 $ par année. N’importe qui peut venir assister aux projections gratuites. On demande aux membres de produire un minimum d’un film par année et un maximum d’un par mois.
La durée de l’oeuvre n’a pas d’importance. Il faut que les oeuvres soient originales et réalisées au cours des derniers douze mois. Le genre? N’importe quoi qui soit légal.
À chaque soirée de visionnement, celles de Trois-Rivières ont lieu tous les deuxièmes mardis de chaque mois, des cinéastes de tout acabit s’inscrivent pour présenter un film qu’ils ont réalisé avec les moyens du bord.
Après chaque présentation, le cinéaste vient dire un mot sur son film et indique quand il présentera son prochain.
S’il n’est pas fidèle à sa promesse, il peut recevoir un blâme qui constitue une contrainte imposée par le public et qu’il doit intégrer à son prochain film.
L’atmosphère des visionnements est légère et le public, ouvert et bon enfant. Un cinéaste ne se plante pas vraiment à Kino. Le public est très complice. Mais c’est quand même le jugement des pairs qui constitue pour les participants le principal avantage de ces soirées.
Les trois cinéastes avec qui nous avons discuté mardi dernier le soulignaient. C’est bien de faire des films pour soi, mais arrive un moment où tu veux le présenter à des gens pour voir comment c’est reçu.
La brochette des participants est d’ailleurs intéressante. On retrouvait mardi l’artiste en arts visuels McLeod qui présentait un film mais aussi des gens qui ne sont pas du milieu artistique.
Karl Mailhot, par exemple. Un architecte de 28 ans qui a toujours aimé le cinéma et qui fait des films pour le plaisir.
«Kino, c’est une tribune pour présenter mes films. C’est peut-être un besoin que j’ai de me mettre en danger, de me mesurer. Je n’ai pas d’ambition, ce n’est qu’un passe-temps. Ce soir, je présentais mon deuxième film depuis mars dernier. J’en apprends beaucoup sur l’aspect technique comme le montage. Depuis que j’en fais, je ne regarde plus les films de la même façon. Je suis attentif aux aspects techniques.»
Caroline Allard, elle, a étudié en cinéma il y a quelques années. Mère de deux enfants, à 36 ans, elle ne travaille pas dans le domaine.
«Sans Kino, je ne ferais pas de films, dit-elle. J’ai appris qu’on y présentait des films amateurs et ça m’a donné une occasion d’en refaire. Je le fais pour m’amuser: je peux faire du cinéma sans que personne ne me juge. En plus, ce qui est bien, c’est que c’est totalement libre. On peut travailler à partir de n’importe quelle idée. Les gens qui le voient viennent ici pour s’amuser. En plus, c’est un endroit pour rencontrer d’autres gens qui en font et on peut participer à d’autres tournages.»
David Dufresne-Denis a 19 ans et étudie au cégep en Théâtre et médias. Il fait des films depuis son secondaire II et a déjà du bagage technique comme en témoignait son film présenté mardi.
«Ça peut être un bon tremplin. On se fait des contacts, on y voit des publicités pour des festivals. Mais je le fais pour le plaisir, d’abord et avant tout. Ce qui est bien, c’est qu’on peut toucher à n’importe quel genre. Ça permet de passer toutes sortes de messages à un public. On peut tout se permettre. En plus, à Trois-Rivières, j’aime ça parce qu’il y a plein de choses à filmer.»•
This entry was posted on Wednesday, November 28th, 2007 at 2:57 pm and is filed under Vidéo. You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.